Les camps d'internement de la Haute-Vienne

3 juin 2019

En Limousin, des ensembles de baraques furent construits par l'armée dans l'avant-guerre pour organiser notamment l'évacuation des populations françaises habitant dans les zones de combats attendus.

Mais la programmation de « villages alsaciens » tourna court parce que mal adaptée aux besoins, aux goûts et au niveau social des populations qui devaient en bénéficier. Les Alsaciens –Lorrains s'intégrèrent finalement, vaille que vaille par villages entiers aux bourgades limousines. Ce faisant, les militaires utilisèrent les implantations restées vides pour des transferts de troupes. Avec la déclaration de guerre, l'une d'entre-elles fut transformée en camp d'internement, à Saint-Germain-Les-Belles, en Haute-Vienne. Il retint différents types de populations que l'armée souhaitait contrôler en période de combats, en particulier :

  • communistes et pacifistes, parmi lesquels une trentaine de femmes, soupçonnés de propagande antigouvernementale;
  • Allemands et Autrichiens comme ressortissants de pays ennemis ;
  • Quelques « droits communs », quelques militaires français ou alliés sous le coup de condamnations ou en transit et même quelques prisonniers allemands…

Mais c'est avec l'installation de l'Etat Français du maréchal Pétain, issu de la défaite, que certains groupes de baraques devinrent des Camps de Séjours Surveillés, c'est-à-dire des structures de répression permanentes dressées à l'encontre de tout type d'opposants et d'exclus. De plus, toute l'administration de ces C.S.S fut mise au service de la politique de l'Allemagne nazie à partir d'août 1942 par le gouvernement collaborateur.

L'aspect : l'intrusion de structures de guerre dans la paix du bocage.

Si le petit camp de Saint-Germain-les-Belles, éphémère et limité à huit baraques complétées de quelques dépendances, n'eut qu'un impact restreint sur le pays, tel ne fut pas le cas de Nexon et de Saint-Paul-d'Eyjeaux. Ces deux structures furent conçues pour garder avec la plus grande vigilance un millier d'internés. Cela impliquait pour chacune qu'elle comprît une trentaine de baraques et d'annexes: les camps se construisirent donc en Haute-Vienne comme des villages à deux pas des bourgs. Mais c'était des camps de prisonniers qui fonctionnaient comme des stalags et leur apparence : barbelés, grillages, palissade, chemins de rondes, guérites des sentinelles et miradors d'où veillaient des gardiens armés de fusils lebel, voire de pistolets mitrailleurs et d'où jaillissait, la nuit, la lumière des projecteurs, imposait à la population du bocage les images impressionnantes de la guerre et de la répression.

Le C.S.S. de Saint-Germain-Les-Belles, avril 1940-mars 1941.

 

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Vue sur les baraques des hommes internés, 1940, entre avril et novembre. Cliché réalisé par A. Vigner, jeune militaire commis à la fonction de chef de poste sous les ordres d'un capitaine.

L'entrée du camp de Nexon, C.S.S de décembre 1940 à juin 1944. Ici la palissade longeant la route de Limoges élevée en 1941. Derrière le gardien, à droite, on distingue une clôture grillagée aménagée en août 1942 pour séparer deux baraques constituant « l'îlot spécial » afin de « trier » les populations détenues.

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Cliché pris par l'administration des camps (1943 ?) et conservé aux Archives Départementales de la Haute-Vienne.

 

Camp de Saint-Paul-d'Eyjeaux, décembre 1940-juin 1944. Vue du sur le mirador n°3

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Cliché pris par l'Inspection Générale des Camps et conservé aux Archives Nationales.

Les fonctions : le viol des valeurs républicaines.

 

Structure nouvelle de répression dont l'armée, réduite à cent mille hommes par les conditions d'armistice, ne peut assumer l'encadrement, les C.S.S. occasionnent le recrutement d'une administration spécifique. Les commandants, pour la plupart, sont des réservistes au grade de capitaine, ayant fait des études universitaires ou d'ingénieur. Un commissaire de la nouvelle police nationale, secondé de quelques inspecteurs, leur est adjoint pour diriger le « service des internés ». Tous sont appréciés à l'aune de leur esprit « national », c'est-à-dire « maréchaliste ». Le corps des gardiens est hiérarchisé à l'image de la police en gardiens, gardiens-chef, brigadiers, brigadiers-chefs, inspecteurs…Mais les rémunérations sont basses et donc peu attractives. Les refugiés de l'Est, anciens militaires démobilisés sont prioritaires pour la fonction mais sont peu intéressés. Aussi le préfet recrute-t-il par voie de presse parmi des volontaires locaux un personnel qui s'avère assez médiocre.

 

Un gardien du camp de Nexon.

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Les gardiens durent attendre plusieurs mois l'uniforme présenté ici. L'Etat Français, démuni, ne leur fournit d'abord que de simples brassards et des jambières généreusement octroyées par l'armée belge..

Le clairon du camp

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Les « agents spéciaux » comme le clairon, étaient recrutés parmi les populations locales.

Un gendarme

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Gendarmes et Gardes Mobiles de Réserve se chargeaient d'encadrer les transferts.

Raoul Nobilos(1890-1979). Arrêté en 1940 et interné à Gurs (Pyrénées Orientales), a été transféré en décembre à Nexon où il compta parmi les premiers arrivants. Il a témoigné de ses internements successifs grâce à ses talents de dessinateur et de portraitiste.

(Dessins provenant de la collection privée de Claude Bérody, président de la DT 87 de l'AFMD)

Les camps limousins, Nexon et Saint-Paul-d'Eyjeaux, étaient dévolus, dans l'archipel des camps français de zone non-occupée, à la rétention des « indésirables » politiques français. Dés leur installation en décembre 1940, ils suscitent l'impopularité. L'importance du nombre de colis reçus, l'abondance de leur courrier, la régularité des visites, les pétitions rédigées en leur faveur témoignent de l'activité des réseaux de solidarité qui se forment autour des internés. L'opinion ne semble pas comprendre, l'armistice signé, qu'on puisse emprisonner des Français, en zone dite « libre » pour délit d'opinion. Une majorité de la population régionale voire nationale s'est ralliée au Maréchal Pétain dans le contexte de la débâcle militaire mais n'en demeure pas moins attachée aux valeurs de la République.

A partir de 1942, les fonctions des deux camps limousins se dissocient. Saint-Paul-d'Eyjeaux reste une structure pour « politiques » même si aux communistes des débuts sont venus s'ajouter des membres actifs de la SFIO et d'autres partis ou organisations dissous puis des citoyens pratiquant la désobéissance civile ou soupçonnés d'être liés à des mouvements de résistance. Nexon, quant à lui, vidé de ses politiques, devient camp de criblage pour la grande rafle d'août 1942, camp hôpital pour internés étrangers et lieu de sélection pour tous les types de déportations réclamés par l'Allemagne : économiques visant la main d'œuvre destinée à travailler dans ses entreprises nationales ou sur les chantiers de l'Atlantique de l'organisation Todt et aussi raciale en vue de l'extermination. Le camp de Nexon est alors un des rouages de la « machine à déporter » mise en place par l'Etat Français qui écrivit ce faisant une page de honte de l'histoire de France.

Georges Guingouin

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Contact

Musée de la résistance de Peyrat

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